La famille de Lannoy est une famille d’ancienne noblesse originaire de Lannoy près de Lille. Claude de Lannoy, comte de la Motterie, Mestre-decamp-général de l’armée des Pays-Bas Espagnols, chevalier de la Toison d’Or, par son mariage, en 1617, négocié par l’archiduc Albert d’Autriche et l’infante Isabelle d’Espagne, avec Claudine, baronne d’Eltz, dame de Clervaux, en fonda la branche luxembourgeoise.
Cette lignée, une des principales de la famille, s’établit à Clervaux de 1631 jusqu’à la moitié du XIXe siècle et fut une des familles les plus illustres et des plus puissantes de la noblesse luxembourgeoise.
Maison à tradition militaire et chapitrale jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, les de Lannoy-Clervaux ont compté par exemple deux gouverneurs du Luxembourg au XVIIe siècle. Outre leur Seigneurie de Clervaux qui s’étendait sur 689,5 ha, essentiellement de bois, et qui comprenait un château, quatre moulins et une scierie, les comtes de Lannoy-Clervaux possédaient e.a. des châteaux et des domaines à Bolland, Hamm, La Neuville, Assenois, Julemont.
Leur château de Clervaux, érigé en 1634-1635 et bel exemple de la Renaissance, tardive dans ces régions, fut un vaste palais, avec des fenêtres hautes et larges du côté cour, élevé contre le vieux mur d’enceinte du château médiéval. Leur style de vie s’illustra aussi, à l’encontre de la majorité des familles nobles du temps, par leur mode d’alimentation, qui, selon les dires de certains historiens, fut constitué largement de produits raffinés pour l’époque tels les huîtres, les écrevisses, les moules ou les asperges.
Les de Lannoy-Clervaux se montrèrent esprits ouverts et empreints de sentiments sociaux avant la lettre ; ainsi, en 1720, Jeanne-Thérèse-Claire de Lannoy, par un legs à but humanitaire, destina la somme très importante de 3250 écus à « l’instruction de la jeunesse », et, par un codicille à son testament de 1765, Adrien-Jean-Baptiste de Lannoy pria ses héritiers de payer leurs gages « tant qu’ils vivront » à quatre domestiques en récompense de leur attachement à la Maison, « les trois premiers nous aiants servis plus de 25 ans et le quatrième l’aiant mérité par sa grande exactitude dans son service ».
La famille de Lannoy montra par ailleurs un bel exemple pour le fait que les sentiments n’étaient pas exclus dans les mariages nobles : en 1788, Florent de Lannoy, cadet mal nanti de la branche de Clervaux, voulut épouser la fille du duc de Looz-Corswaren ; les deux pères firent aux enfants « toutes les représentations possibles sur ce qu’ils allaient se mettre mal à l’aisse […], mais elles ont été sans effets, leur inclination étoit trop réfléchie, ils avoient étudié leur caractère, ils avoient reconnu qu’ils s’impatisoient ». Finalement, les pères acceptèrent l’union des « jeunes coeurs qui paraissent faits l’un pour l’autre », exemple tardif, peut-être, dans le siècle, mais reflétant une certaine libéralisation des moeurs et de l’expression des sentiments. Et à propos de sa belle-fille, née de Looz-Corswaren, le comte de Lannoy écrivit : « [elle] a tout pour elles, religion, caractère, esprit, talent et figure », expression d’autant plus remarquable, quand on voit l’ordre dans lequel le comte énumère ces qualités.
En 1854, le dernier représentant de la branche de Lannoy-Clervaux, le comte Adrien de Lannoy-Clervaux, mort sans laisser d’enfants, institua son épouse Aldegonde de Tornaco, pour son héritière universelle.
Cette disposition testamentaire donna lieu à un long procès, intenté par le comte Napoléon de Lannoy-Clervaux, cousin germain du défunt et devenu prince de Rheina-Wolbeck à la suite du décès de son oncle maternel le duc Joseph-Arnould de Looz-Corswarem, à l’héritière, procès qui fut tranché en faveur des héritiers, frères et soeurs, de la comtesse de Lannoy, morte pendant l’instance. Ce fut ainsi que les grands domaines et les châteaux, dont Clervaux, les portraits et les archives des Lannoy-Clervaux passèrent dans la famille de Tornaco.
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