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Marie-Adélaïde


Marie-Adélaïde, une Grande-Duchesse luxembourgeoise (1894-1924)

« Considérons, Messieurs, comme d'un heureux augure pour l'avenir du Pays, la circonstance que la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde est le premier de nos souverains né sur la terre grand-ducale, le premier qui y ait été élevé et qui, dès sa tendre jeunesse, ait respiré l'air du sol natal et appris à connaître les idées, les aspirations et les traditions du peuple sur lequel il est appelé à régner. »

C'est par ces paroles que le Président de la Chambre des Députés, Auguste Laval, inaugura le règne de la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde le 18 juin 1912. En effet, depuis le Comte Jean l'Aveugle (1296-1346), aucun souverain luxembourgeois n'était né sur le sol luxembourgeois et, depuis la mort de l'Impératrice Marie-Thérèse en 1780, aucune femme n'avait accédé au trône du Luxembourg. La jeune Grande-Duchesse succédait à son père malade et à son grand-père très âgé, ce qui semblait indiquer de nombreux changements pour l'avenir.

Début de règne prometteur

Le discours de la jeune Grande-Duchesse, prononcé lors de sa prestation de serment à la Chambre des Députés le 18 juin 1912, était empreint d'un tout autre esprit que celui de son père. S'inspirant de la devise « Judicate Juste ! » de l'empereur Henri VII issu de la Maison de Luxembourg, elle déclara : « C'est le désir de juger conformément aux exigences de la justice et de l'équité qui inspirera tous mes actes. Le Droit et l'Intérêt général seuls me guideront ! ». « Juger juste, n'est-ce pas la Justice égale pour tous, mais aussi la Justice protectrice des humbles et des faibles ? L'inégalité économique croissante entre les hommes est la grave préoccupation de notre époque. La Paix sociale, si ardemment désirée, est restée jusqu'ici un fuyant idéal. Ne faut-il pas faire oeuvre de rapprochement et de solidarité ? ».

Ce discours très social indiquait cependant aussi que Marie-Adélaïde voulait avoir son mot à dire dans les orientations politiques à prendre. La Grande-Duchesse Marie-Adélaïde, très catholique, restait convaincue d'être souveraine « par la grâce de Dieu ». Une telle attitude devait se heurter à l'esprit du temps qui avait évolué et à la réalité politique (conflit autour de la loi scolaire de 1912, nomination du Gouvernement Loutsch, dissolution du Parlement).

À aucun moment cependant, Marie-Adélaïde ne dépassa ses droits constitutionnels ; mais son intervention active dans la politique fut ressentie par la majorité de gauche (sociaux-démocrates et libéraux) comme contraire à l'esprit de la constitution.

Abdication

La première guerre mondiale fut une épreuve pour le jeune Etat luxembourgeois. La population éprouvait des sentiments partagés envers les parties combattantes. Les liens économiques avec l'Allemagne étaient très étroits. Le Luxembourg faisait partie du « Zollverein », le réseau ferroviaire luxembourgeois appartenait à l'Allemagne et l'industrie sidérurgique était dans la main d'investisseurs allemands. Une partie de l'élite du pays avait aussi fait ses études en Allemagne, un pays qui était perçu par bon nombre de décideurs politiques comme innovateur et moderne. De l'autre coté, la garnison prussienne établie dans la forteresse de la Ville jusqu'en 1867 avait créé une attitude de rejet envers les Allemands dans la population luxembourgeoise.

Lorsque les troupes allemandes envahirent le Luxembourg le 2 août 1914, le gouvernement luxembourgeois protesta contre cette violation du droit international en évitant cependant un affrontement avec le Reich. L'accueil du Kaiser par la Grande-duchesse Marie-Adélaïde au Palais en temps de guerre devint le symbole de la proximité de la classe politique luxembourgeoise envers l'envahisseur. Après la guerre, les Alliés reprocheront au Luxembourg son attitude jugée complaisante envers l'Allemagne. « Ce pays n'a pas fait son devoir et ne mérite pas d'être maintenu dans son état actuel » jugea le ministre français Poincaré. La Belgique à son tour voyait le moment venu de relancer ses revendications sur le Luxembourg. Les forces antidynastiques et annexionnistes joignirent leurs efforts. Au Luxembourg, les socialistes et libéraux demandèrent au Parlement la déchéance de la dynastie. Un vote qui échoua cependant. Le 9 janvier 1919, des troubles éclatèrent alors dans la capitale où la petite Compagnie des Volontaires entra en mutinerie et la république fut proclamée par les libéraux et socialistes. Des troupes envoyées au Luxembourg par la France rétablirent le calme et l'ordre. Pour contrer les opposants à la monarchie, Marie-Adélaïde décida d'abdiquer en faveur de sa soeur Charlotte. Le 28 septembre 1919, les Luxembourgeois se prononcèrent dans un référendum à 80% pour le maintien de la monarchie. Marie-Adélaïde quitta le Luxembourg pour entrer dans les ordres dans un couvent à Modène (Italie). Elle décéda au château de Hohenbourg le 24 janvier 1924. En 1947, sa dépouille fut transférée à la Cathédrale de Luxembourg.