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Charlotte


1896-1985

La Grande-Duchesse Charlotte naquit le 23 janvier 1896 au Château de Berg. Elle était la seconde fille du Grand-Duc Guillaume et de la Grande-Duchesse Marie-Anne de Bragance. Avec ses soeurs, elle passa ses années d'enfance à Berg et au Château de Hohenburg. La Princesse Charlotte ne reçut pas d'éducation spécifique en préparation à ses devoirs de future Grande-Duchesse.

Après l'abdication de sa soeur, elle lui succéda sur le trône. Le 15 janvier 1919, elle prêta serment devant une délégation de la Chambre des Députés venue spécialement au Château de Berg. Le jour précédent, 30 députés avaient émis un vote favorable à l'envoi de la délégation, 19 avaient voté contre. Le 19 janvier, elle fit publier une proclamation, dans laquelle elle affirmait: "...Tous mes efforts tendront à remplir scrupuleusement mes devoirs de Souverain luxembourgeois. Notre peuple a toujours eu, avec l'amour de ses traditions nationales, le culte de la justice et de la liberté. J'accomplirai ma haute mission dans le même esprit. Ma ligne de conduite dans l'exercice du pouvoir suprême est tracée par la Constitution et les lois; le Gouvernement investi de la confiance de la nation me servira de guide et de conseiller. La réforme démocratique de notre pacte fondamental que l'assemblée constituante se dispose à réaliser trouvera mon entière approbation. Je vivrai la vie de mon peuple dont je ne veux être séparée par aucune barrière. Je partagerai ses joies et ses souffrances...".

Ces paroles montraient clairement que Charlotte était disposée à respecter le rapport de force politique et ainsi à rester au-dessus de la mêlée politique. De plus, elle dépassa ainsi les barrières qu'un entourage germanophile avait encore maintenues entre Marie-Adélaïde et le peuple luxembourgeois. Elle fut la première souveraine du pays à s'adresser à ses sujets en luxembourgeois.

Neuf mois plus tard, le référendum du 28 septembre 1919 se termina par un vote massif en faveur du maintien de la dynastie sous la Grande-Duchesse Charlotte. (77,8% des votes valables).

Mariage princier à Luxembourg

Le 6 novembre 1919, elle épousa le Prince Félix de Bourbon-Parme à Luxembourg. Félix naquit le 28 septembre 1893 à Schwarzau am Steinfelde en Autriche. Par sa soeur Zitta, épouse de l'Empereur Charles d'Autriche, il était lié aux Habsbourg. Il combattit dans les rangs de l'armée autrichienne pendant la première guerre mondiale, alors que ses frères Sixte et Xavier combattaient dans l'armée belge.

Le mariage princier de novembre 1919 fut le premier à se dérouler à Luxembourg; il contribua à ancrer un peu plus la Maison grand-ducale dans le coeur des Luxembourgeois. De cette union naquirent six enfants: Jean (1921), Elisabeth (1922), Marie-Adélaïde (1924), Marie-Gabrielle (1925), Charles (1927) et Alix (1929).

A l'écoute de son peuple

Au courant des années suivantes, Charlotte réussit avec beaucoup de tact et de sensibilité à gagner le coeur des Luxembourgeois. Sa grâce, son élégance, sa simplicité liées à sa beauté, sa finesse d'esprit et son discernement la servirent admirablement dans cette oeuvre de rassemblement.

Elle put aussi agir sous de nouvelles conditions, créées par la révision de la Constitution en 1919. Les prérogatives de la Couronne y étaient redéfinies et circonscrites. Désormais, la puissance souveraine ne résidait plus dans la personne du souverain, mais dans la nation. Finalement, les pouvoirs du souverain furent limités à "ceux que lui attribuent formellement la Constitution et les lois particulières". Ainsi, toute politique personnelle était rendue impossible. En conséquence, lors de la crise ministérielle de 1925 et des événements de 1937 autour de la loi d'ordre, Charlotte n'intervint pas. De plus, de 1926 jusqu'à la fin de son règne, elle entretint avec le Président du Gouvernement Joseph Bech des relations cordiales et de confiance.

Lors de la célébration du centenaire de l'indépendance en 1939, la Grande-Duchesse Charlotte se retrouva au centre des festivités aussi bien dans la capitale que dans les chefs-lieux cantonaux. Le 22 avril 1939, devant la Chambre des Députés, elle exprima sa foi dans l'avenir du pays par ces paroles: "...Je rends grâce à la Divine Providence d'avoir étendu, par le passé, sa main tutélaire sur notre faiblesse, et je la prie de me seconder dans l'accomplissement de ma tâche, en continuant sa protection au Luxembourg libre et indépendant. Fort de l'union patriotique et de la volonté irréductible de tous ses enfants, le Luxembourg, avec l'aide de Dieu, ne périra jamais!".

Seconde guerre mondiale, temps de l'exil

La guerre interrompit les festivités nationales le 1er septembre et, huit mois plus tard, les troupes allemandes violaient la neutralité désarmée du Luxembourg. La Grande-Duchesse Charlotte, sa famille ainsi que le Gouvernement quittèrent le pays pour se soustraire aux troupes allemandes. De France, ils durent suivre un long  périple à travers l'Espagne, Portugal, vers les Etats-Unis d'Amérique, la Grande-Bretagne et le Canada.

Avec le Gouvernement, la Grande-Duchesse oeuvra à la reconnaissance de l'indépendance du Luxembourg. Le 14 avril 1945, elle put enfin rentrer au Luxembourg libéré. Accueillie par une foule en délire qui voyait en elle la protectrice du pays, depuis lors consacrée mère vénérée de la nation; puis avec une volonté inlassable elle rendit visite aux régions dévastées et s'occupa des sinistrés.

Reconstruction

Le 16 avril 1945, elle tint un discours émouvant à la Chambre des Députés. Rendant hommage à la résistance du peuple luxembourgeois, elle déclara: "...Nous édifierons, malgré les ravages et l'usure morale des années d'oppression, une cité humaine, plus juste, plus habitable surtout aux classes travailleuses qui ont défendu la patrie avec tant d'amour, de courage et d'abnégation... Je renouvelle l'expression de ma foi dans l'union patriotique des Luxembourgeois. La main dans la main nous marcherons au-devant de l'avenir".

Après ces années de guerre, la Grande-Duchesse Charlotte resta le pur symbole de l'unité du peuple luxembourgeois. Elle continua également à oeuvrer pour la reconnaissance internationale du Luxembourg. C'est sous son règne que les visites d'Etat ne furent plus restreintes aux pays voisins, mais élargies outre-atlantique. L'unification européenne rencontrait tout son assentiment.

Fin de vie paisible

Le 12 novembre 1964, elle abdiqua en faveur de son fils le Grand-Duc Héritier Jean. Après 45 ans de règne, elle se retira au Château de Fischbach. Le 8 avril 1970, le Prince Félix, son époux, décéda. Quinze ans plus tard, le 9 juillet 1985, âgée de 89 ans, la Grande-Duchesse Charlotte quitta définitivement son peuple.