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Toast de S.A.R. le Grand-Duc Prononcé à l’occasion de la Visite Officielle de Monsieur François Hollande Président de la République française le 6 mars 2015
06-03-2015


Toast de S.A.R. le Grand-Duc prononcé à l’occasion de la Visite Officielle de Monsieur François Hollande, Président de la République française 


Monsieur le Président de la République,

C’est un privilège pour la Grande-Duchesse comme pour moi-même que de vous souhaiter la bienvenue ce soir. En effet, la venue d’un Président de la République française au Grand-Duché de Luxembourg est un événement marquant, tant par sa portée que par sa rareté. Voilà plus de 23 ans que mon Père accueillit en ce lieu l’un de vos illustres prédécesseurs François Mitterrand, avec lequel vous partagez beaucoup plus qu’un prénom…

Evoquer les relations du Luxembourg avec la France se révèle un exercice complexe. Leur importance n’a pas vraiment d’équivalent, leur plasticité à travers le temps étonne, la part qu’elles laissent à l’émotion est unique. Parler de la France, c’est aussi parler de nous-mêmes et de ce que nous, Luxembourgeois, ressentons au plus profond.

Comme tant d’autres, le peuple luxembourgeois a manifesté un profond sentiment de compassion à la suite des événements tragiques de ce début d’année. Le respect et le recueillement, nous le devions aux victimes et à l’importance du combat pour les valeurs qui fondent notre vie en société. Mais l’émotion partagée provenait aussi de ce que c’était précisément la France qui était touchée en plein cœur et avec elle, sa « civilisation », qui continue de rayonner bien au-delà de l’Hexagone. Le mot de civilisation n’est plus guère en usage, pourtant il résume tellement ce qu’est la France.

Monsieur le Président, ce ne sera pas vous faire injure ni à vous-même, ni aux hôtes de ce soir que d’affirmer que ce sont d’abord les femmes et les hommes qui au quotidien font les relations entre la France et le Luxembourg. Pour paraphraser Ernest Renan, celles-ci sont en effet comme un « plébiscite de tous les jours. »

Nos frontières communes ont conditionné notre histoire. Aujourd’hui elles ont pris un sens différent. Jamais Français et Luxembourgeois n’ont été aussi nombreux à se côtoyer pour le plus grand bien commun. Je songe en premier lieu à ces 80.000 Lorrains qui chaque jour traversent la frontière et qui contribuent de manière déterminante à notre prospérité. Leur nombre est en constante expansion, tout comme celui des membres de la communauté française installée dans notre pays et qui se sent ici comme chez elle. L’apport de vos compatriotes constitue pour notre société ouverte un enrichissement incomparable sur le plan économique, mais aussi social et culturel.


Une des nouveautés du Luxembourg est de s’être lancé avec beaucoup d’entrain dans l’aventure du savoir. La plus importante communauté estudiantine étrangère de notre nouvelle université vient de France, alors que de tout temps les élites luxembourgeoises pour une grande part ont été formées dans les grandes écoles et les universités françaises. Aujourd’hui encore, plus de 2000 de nos étudiants profitent chaque année d’un niveau d’enseignement supérieur que le monde vous envie.

Grâce au train à grande vitesse, la « ville lumière » n’est plus qu’à deux heures de notre capitale. Tant de mes compatriotes profitent de cette opportunité unique pour flâner sur les bords de Seine, comme certains des vôtres vont à la découverte d’un pays, de ses forteresses et de ses châteaux.

Depuis toujours, la culture comme la langue française sont des fenêtres ouvertes sur le monde. Pour la société luxembourgeoise de ce début du 21ème siècle, le constat n’a jamais été aussi vrai. Le français y fait figure de lingua franca dans une population très mélangée, où nos ressortissants et les non-Luxembourgeois provenant des quatre coins du monde ne sont pas loin de s’équilibrer. En retour le Luxembourg est devenu un vecteur enthousiaste de la culture française dans la littérature, le théâtre, l’opéra, la danse, l’architecture et le cinéma, que ce soit par la production comme par la diffusion. De nombreux acteurs du monde artistique et culturel présents ici ce soir en témoignent.

Monsieur le Président,
Quoique brève, votre visite vous aura permis de vous rendre compte de la diversité d’un Etat qui a pris son destin en main. Le Luxembourg ne peut se réduire à son centre financier, aussi significatif soit-il. Je suis particulièrement heureux que vous ayez pu vous rendre compte cet après-midi, en visitant SES, de la contribution de la technologie française à un pilier du secteur de la télécommunication dans le monde.

Notre visite commune du site d’Esch-Belval, avec notamment ses centres de recherche, ses pépinières d’entreprises ou sa Maison du Savoir, a également dévoilé l’extraordinaire champ de potentialités qui s’ouvre dans le domaine de la coopération trans-frontalière, pourvu que tous les acteurs soient en mesure de jouer leur rôle. La « Grande-Région » a dépassé depuis longtemps le stade de laboratoire d’idées pour devenir un terrain de réalisations concrètes. Poursuivons avec détermination sur cette voie.

Pour répondre aux défis de notre temps, le cadre européen s’impose avec toute sa force. Nous n’avons pas à nous faire violence : la France comme le Luxembourg partagent depuis les débuts de cette aventure une très forte conviction européenne. Il put y avoir des désaccords ponctuels dans le passé, mais ils ne pèsent que de peu de poids face à l’alliance de valeurs et d’intérêts qui fondent la coopération intense entre nos deux Etats.

Dans une Europe parfois hésitante et en proie aux effets de la crise, la France continue de susciter beaucoup d’attente. C’est un défi et une opportunité. Nous espérons qu’elle assumera à l’avenir son rôle conceptuel et intellectuel, comme elle l’a fait au cours des dernières décennies. L’Europe en effet se nourrit toujours des idées françaises.

Pour conclure, je voudrais vous assurer que l’amitié entre la France et le Luxembourg tout comme le « vivre-ensemble » des Français et des Luxembourgeois est pour nous un atout essentiel pour appréhender l’avenir avec ses aléas et ses promesses. Votre visite d’aujourd’hui, Monsieur le Président, est bien plus qu’un gage d’amitié, elle est le symbole de notre avenir commun.

Excellences, Mesdames, Messieurs,
C’est dans cet esprit qu’avec la Grande-Duchesse je vous invite tous à lever votre verre et à boire à la santé de M. le Président de la République ainsi qu’aux liens irremplaçables qui unissent et uniront toujours nos deux pays.