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Discours de Noël prononcé par S.A.R. le Grand-Duc (version FR)
24-12-2014


Discours de Noël de Son Altesse Royale le Grand-Duc

Le 24 décembre 2014 (traduction FR.)

Mes chers compatriotes,

L’année qui s’achève fut marquée par des commémorations lourdes de sens. Il y a exactement 100 ans, l’histoire sur notre continent a montré sa face la plus tragique avec cette course vers l’abîme que constitue le début de la guerre de 1914. D’autres moments clés du siècle, dont l’anniversaire fut célébré cette année, comme 1939 et le début de la Deuxième guerre mondiale, ou le 6 juin ‘44 et le Débarquement en Normandie, en sont d’ailleurs la conséquence directe. 

Mais l’histoire sait aussi offrir des moments plus heureux, ainsi en 1989, il y a exactement un quart de siècle, lorsqu’avec la chute du mur de Berlin, la partie orientale de l’Europe se libère, comme par miracle d’un système liberticide, sans heurts ni violences. 

Face à des événements d’une telle ampleur, nous partageons ce même sentiment d’impuissance, avec l’impression que les choses nous sont imposées par le destin ou une force extérieure.

Pourtant ce sont les hommes qui écrivent l’histoire. Ils sont capables de tirer des leçons des pires tragédies: après la guerre des personnes visionnaires appliquèrent le pardon et donnèrent corps à cette idée révolutionnaire qu’est l’Europe.

Ils sont aussi capables de renverser des montagnes, comme ces citoyens anonymes, que j’ai eu le plaisir de rencontrer à Rostock au mois de septembre sur invitation du président Gauck. Par leur courage, leur engagement et leur persévérance ils renversèrent à l’automne 1989 le régime oppressant de l’Allemagne de l’Est. Cela paraissait impossible et pourtant les chaines de la servitude se brisèrent sans que personne ne s’y attende. 

Les 175 ans de notre propre histoire mouvementée, qui ont été également fêtés cette année, sont ceux d’un petit territoire qui prend son destin en main et qui au gré de circonstances devenues plus favorables assoit progressivement sa place dans le concert des nations.

Mes chers compatriotes,

Nous sommes chacun les dépositaires d’un héritage commun que nous devons transmettre aux générations qui nous suivent. Recevoir et transmettre. Il est par exemple de notre responsabilité de redonner un nouvel élan à une construction européenne qui suscite parfois du scepticisme. Les difficultés passagères ne peuvent faire oublier le formidable progrès qu’elle a apporté aux Européens dans leur ensemble, à savoir la paix, l’entente entre les peuples et la prospérité économique. Cet héritage il nous faut le préserver, le fortifier et l’enrichir.

Chacun de nous, dans la mesure de ses moyens, est aussi appelé à être acteur, en étant pleinement acteur de sa propre vie mais surtout en s’engageant pour les autres. Vous connaissez tous cette phrase célèbre du président Kennedy qui appelle ses concitoyens, "non pas à se demander ce que leur pays peut faire pour eux, mais à s’interroger sur ce qu’ils peuvent faire pour leur pays". Cette citation traduit une vérité profonde, à savoir que chacun a un rôle à jouer dans la société qui dépasse son propre sort.

Notre vivre ensemble suppose un équilibre subtil entre les droits individuels et l’attention portée à la collectivité.

Ce que l’on appelle l’engagement revêt les formes les plus diverses. Il s’agit d’abord d’un état d’esprit: Etre conscient qu’une vie réussie ne se résume pas à la seule satisfaction personnelle et que l’intérêt général commande parfois d’accepter des sacrifices. Qu’aller vers les autres n’est pas seulement un devoir, mais une source de joie profonde. Et qu’en fin de compte, le plaisir de donner est infiniment plus grand que celui de recevoir.

L’engagement est bien sûr une affaire d’acte. Militer dans un parti politique, un syndicat ou une organisation non gouvernementale pour construire un monde meilleur ou plus conforme à ses valeurs est une action qui mérite le plus grand respect. Encourageons la jeunesse à aller dans ce sens. Le monde de demain sera aussi fait des rêves qu’elle fait aujourd’hui. A elle de les concrétiser, à nous de la soutenir.

L’implication dans la vie sociale et associative, autre forme d’engagement, est tout aussi importante. Le pouls de notre pays vit d’ailleurs au rythme de ses associations presque innombrables, où tant de bénévoles se côtoient, se chamaillent parfois, mais agissent ensemble pour le bien de leur groupement.

Aider ses amis et ses proches dans le besoin, se soucier des membres de sa famille dans le quotidien, c’est à mes yeux une autre forme d’engagement. La solidarité familiale, comme celle qui existe entre de vrais amis est un des piliers de notre vie en société. Pour ceux qui partagent des convictions religieuses, comme ceux qui n’en ont pas, Noël est un moment privilégié de partage et de retrouvailles. C’est très bien ainsi, mais ce partage et ces retrouvailles, l’on devrait les vivre tout au long de l’année, à bien d’autres moments qui ne sont pas des rendez-vous inscrits d’avance dans le calendrier.

En cette veillée de Noël, j’ai une pensée très émue pour tous ceux qui souffrent de solitude. Je sais très bien qu’être seul alors que les autres fêtent est une expérience douloureuse. La plupart d’entre nous connaissent dans leur entourage des gens malades ou délaissés. Ces fêtes qui nous laissent un peu de répit nous offrent l’occasion de nous enquérir de leur cas et de leur montrer un signe d’amitié et de solidarité qui fera chaud au cœur. Les gestes les plus simples sont souvent les plus nobles.

Mes chers compatriotes,

L’étroitesse de notre territoire ainsi que notre histoire mouvementée nous ont rendu pleinement conscients de notre dépendance à l’égard de ceux qui nous entourent. Je crois que cette prise de conscience a le mérite de nous préserver de l’arrogance.

Je saisis à nouveau cette occasion pour remercier tous ceux qui apportent leur pierre à la construction d’une société luxembourgeoise ouverte et diverse. Acceptons la contribution de chacun comme un cadeau à notre cohésion. Soyons fiers et reconnaissants de notre diversité. Il est essentiel que ces temps de crise soient vécus comme une opportunité de nous rassembler autour ce qui nous unit.

Au nom de la Grande-Duchesse, de mon père le Grand-Duc Jean, du Prince Guillaume et de la Princesse Stéphanie et de tous nos enfants, recevez nos meilleurs vœux pour Noël ainsi que nos souhaits de paix et de bonheur pour l’année qui vient. Profitons de ces moments de partage comme autant d’occasions de se réjouir de vivre dans un pays, où les valeurs de solidarité et d’engagement tiennent une place centrale.