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Discours de Noël de S.A.R. le Grand-Duc (version FR)
24-12-2010


Chers Luxembourgeois, chers concitoyens,

Au moment où, en cette veille de Noël, nous jetons notre regard sur l'année qui se termine, nous nous souvenons des beaux moments mais peut-être aussi de quelques passages plus difficiles. J'espère que pour chacun d'entre vous, les événements positifs sont prépondérants.

Si cette année, certains problèmes sociaux, politiques ou économiques ont dominé l'actualité, il n'empêche que divers secteurs de notre économie ont connu une reprise. Toutefois, de nombreuses personnes habitant notre pays ressentent toujours les répercussions de la crise et se sentent insécurisés. Tant chez nous que dans le monde, on s'interroge fréquemment pour savoir comment la situation va évoluer.

Aujourd'hui, mes pensées vont surtout à tous nos concitoyens qui, touchés par la pauvreté, le chômage et l'exclusion sociale, traversent des moments difficiles. Il importe de leur tendre la main, et plus particulièrement à Noël.

Lorsque je me suis adressé à vous il y a un an, j'ai posé deux questions que j'aimerais approfondir aujourd'hui : « Ne se pourrait-il pas que notre société ait été aveuglée par l'appât du gain rapide ? Au fond, avons-nous vraiment pensé à l'avenir ? »

Nos actions, chers concitoyens, dépendent toujours de la façon dont nous nous nous comportons envers autrui. En respectant notre prochain, nous donnons une signification bien précise à notre façon d'agir. Si, par contre, la course au profit constitue notre objectif et que l'argent est la seule chose qui compte, nous perdons toute considération aux yeux d'autrui et de la société.

Nos actes, qu'ils se manifestent par des actions grandes ou petites, revêtent toujours une dimension sociale et éthique. L'action économique est et restera un élément de l'action sociale. Chaque fois qu'on assiste à un découplage de l'économie et du monde de la finance par rapport à la société et à la politique, il faut être vigilant.

Selon le prix Nobel indien Amartya Sen, il n'y a aucune raison de séparer économie et éthique. « L'économie moderne s'est trouvée considérablement appauvrie par la distance qui a éloigné l'économie de l'éthique. » L'économie doit être au service de l'Homme et non l'inverse. Pour cette raison, nous devons trouver une réponse à deux grandes questions : Comment faut-il vivre ? Quelle société voulons-nous ?

Comment faut-il vivre ? Il est trop facile de montrer du doigt les autres. Chacun de nous a une responsabilité. Chacun est un acteur qui, par son action personnelle, peut exercer une influence positive sur notre société, notre économie et notre environnement. Réfléchir régulièrement à sa propre façon de vivre est un exercice très important. Responsabilité et confiance y vont de pair.

Quelle société voulons-nous ? Certainement, nous voulons tous une société juste où chacun ait sa place. Seule une société où l'homme peut vivre et travailler en dignité permet de garantir durablement la paix sociale. C'est pourquoi j'invite tout un chacun à veiller, dans sa course au profit, à ne pas perdre de vue le « bien commun » et à tendre la main à ceux qui sont dans le besoin.

Je suis convaincu que nous pourrons assister à un nouvel essor qui offre une perspective et une sécurité réelles. Pour y parvenir il faut, certes, un changement de mentalités de la part de nous tous, toutefois, l'impact positif sur notre vie en commun en vaut la peine. A une époque caractérisée par une virtualisation croissante de nos relations sociales et économiques, la cohésion sociale, que je soutiens depuis dix ans, acquiert une signification nouvelle.

Chers concitoyens, n'oublions pas qu'il existe dans ce pays des exemples fomidables montrant comment les gens vivent et travaillent ensemble ou font preuve de solidarité, y compris au-delà des frontières. L'engagement de très nombreux bénévoles et de professionels dans le secteur social caractérise notre pays. Nous pouvons en être fiers.

Dans le cadre de nos visites sociales dans notre pays, la Grande-Duchesse et moi-même sommes régulièrement témoins de l'engagement exceptionnel d'un grand nombre d'organisations et de services publics œuvrant au service d'autrui. Heureusement, un nombre croissant d'entreprises prennent conscience de leur responsabilité sociale. De même, l'intérêt pour des formes économiques alternatives augmente. Je songe ici à l'économie sociale et solidaire, à laquelle la Grande-Duchesse tient beaucoup.Je félicite tous les acteurs pour leur engagement, en les encourageant à poursuivre dans cette voie essentielle.

Chers amis étrangers,

Lors de notre récente visite d'Etat au Portugal, la Grande-Duchesse et moi-même avons été très touchés par l'accueil chaleureux que ce merveilleux pays nous a réservé. Il témoigne des liens profonds qui unissent nos deux pays, notamment à travers la présence au Luxembourg de nombreux citoyens d'origine portugaise. Votre présence et celle de toutes les autres communautés est et reste indispensable pour le bien-être de notre société et doit nous encourager à œuvrer en commun pour un avenir prometteur.

Chers Luxembourgeois,

Nous traversons une période où il est particulièrement important de faire preuve de solidarité, comme le peuple luxembourgeois l'a fait tant de fois dans son histoire. Il ne faut pas que la voie de sortie de cette crise conduise à la pauvreté. Bien au contraire, cette voie peut mener à une nouvelle forme de coopération plus responsable au sein de la société, coopération dont nous profiterons tous. Notre avenir est entre nos mains. Saisissons cette chance.

Chers concitoyens,

En cette veille de Noël, je vous souhaite à vous tous, avec la Grande-Duchesse, mon père, le Grand-Duc Jean, et nos enfants, une bonne fête de Noël et une heureuse année 2011.